mercredi 18 mai 2022

Redescente de l’Ikesartivak vers le port de Marie

 

Résumé des épisodes précédents: atterrissage à Kulusuk, remontée de l'Ikesartivak (SE-NW), traversée du grand fjord Sermilik vers le glacier Brückner, et retour vers Tiniteqilaaq

27 juillet

Deux baleines à bosse passent à une dizaine de mètres de notre bateau, juste après notre départ du mouillage, dans le passage entre le Sermilik et l’Ikopartivak. Il y a beaucoup de courant, et marée descendante, peut-être les meilleures conditions pour en observer ?

Nous redescendons l’Ikesartivak (NW-SE) sous le soleil. 

Idée rando: d’Asingaleq à Imilâ. Une partie de l’équipage se fait déposer dans le premier, et se fait récupérer dans le second. Une dizaine de km parcourus de lacs, une trentaine de milles en passant par les fjords.

Nous remontons sur quelques milles le fjord d’Angmagssalik (on frole la cote Ouest, la partie la plus praticable niveau glace), et jetons l’ancre dans Marie Havn (le port de Marie!), dans l’Ouest du fjord. Le fond a une topographie similaire à celle indiquée hier. Il faut arriver doucement et par le coté de la rivière.

10-15 noeuds soufflent à notre arrivée. Nous partons pour l’ascension du petit sommet entre le fjord Angmassalik et Marie Havn. Le vent disparait soudain. Alors arrivent les moustiques, qui vu leur acharnement, n’ont pas du voir de sang frais depuis longtemps. La redescente est rapide. On saute dans l’annexe et se réfugie dans le bateau. Goïot fournit les moustiquaires adaptées au hublots, merci. Nuit calme. 

 

Un escargot croisé sur le chemin

Mouillage, vu depuis la montée

Thomas en ballade

Olena en ballade

Soleil de minuit sur Marie Havn

mardi 17 mai 2022

Johan Petersen et ses petits bras

 La journée du 25 juillet se passe au mouillage dans la brume et la bruine.

Eric et Olena on the rocks

Héliport
 

Le 26 juillet, on se lève tot pour embouquer à marée haute un étroit passage entre Tinitequilaaq et le Sermilik. 1.4m sous la coque, tout au plus (quillards, s'abstenir). Un poil chaud mais ca passe.

Nous redescendons le Sermilik sous le soleil, en direction du fjord Johan Petersen (voir carte sur article précédent). Les icebergs font plusieurs centaines de metres de long, et plusieurs dizaines de metres de haut.

Remontons le Johan Petersen. On se faufile entre les icebergs et les growlers jusqu’à environ 5 milles du fond du fjord. Magnifique journée, soleil et pas un souffle de vent. Ballade en tête de mat pour inspecter les environs: aucune végétation, aucun animal, juste du caillou rose et gris, de l’eau et de la glace. 

Nous faisons une pause au pied du glacier Brückner (Brückner Gletscher, voir carte). L’ensemble des glaciers qui forment le fond du fjord culmine à 800m et vèle sur environ 1km de large. On entend très souvent de puissantes déflagrations dues à la fracture de la glace. Monumental. Les glaciers que nous avions vus à  Svalbard paraissent minuscules. Et dire que les glaciers d'Antartique sont encore plus grands!

 


C'est vous qui avez l'esprit mal tourné


Gabier de misaine

De l'intérêt d'observer de haut. Ce genre d'excroissance sous marine n'est pas visible depuis le pont. Donc guidage depuis le nid de pie obligatoire.

Arrivée sur les glaciers

 


Nous redescendons le fjord Johan Petersen et embouquons un petit bras qui donne sur le Stoklund (voir carte). C'est un petit fjord qui parait très protégé et calme, sans trop de glace, avec de multiples bras qui s’étendent vers le Nord. 

Pour regagner le Sermilik (le grand fjort Nord-Sud) depuis le Stoklund mais sans repasser par le Johan Petersen fjord, nous prenons un raccourci. Le passage est scabreux, beaucoup de glace, au moins 3/10 de surface d'eau couverte, ce qui est très limite. Il y de plus très peu de fond, et la cartographie particulièrement imprécise en ce qui concerne la bathymétrie (en revanche, la position des cotes est plutot précise, pour une fois). On y arrive après avoir changé 3 fois de stratégie.

Nous retraversons le Sermilik et mouillons dans une jolie baie au Sud de Tiniteqilâq. Comme observé plusieurs fois auparavant, les sorties de rivières charient des sédiments, ce qui donne une bathymétrie comme indiquée sur le croquis ci dessous. Disons qu'une approche dans l'axe de la rivière est déconseillée!

 

Bathymétrie "typique" à l'embouchure des rivières chariant des sédiments. Le gradient de profondeur est extrêmement violent dans l'axe de la rivière (de 40m à 1m en quelques longueurs de bateau), et plus doux sur les cotés.

lundi 16 mai 2022

Kulusuk - Tiniteqilaaq, dans le vif du sujet

24 juillet,

Avons mouillé cette nuit dans une cuvettes près de Qualersartaqarte à quelques heures de navigation de Kulusuk. 

Six mètres de fond à l’arrivée (marée haute) et 3m à marée basse. On met une ancre sur l’avant et deux lignes isocèles qui partent de l’arrière, et sont accrochés sur des pitons que nous enfonçons à la masse dans des failles de la roche.

Ballade à terre, test du fusil (protection des ours) et des tireurs. Visite d’un petit hameau innoccupé. Les trois maisons qui le composent sont en revanche ouvertes, et équipées. Bon refuge en cas de coup dur.

Notre mouillage
Entraînement de tir au fusil

"Coucher" de soleil
 

Ce matin, lever à l’aube car il faut profiter de la marée haute pour sortir de notre mouillage (les profondeurs sont incertaines...). Coup de chance, nos lignes à terre auront barré le chemin à des growlers qui auraient pu nous embêter. Dans ces contrées, on n'est jamais très loin d'une petite aventure de ce genre.


 

En route pour Tiniteqilaaq et sur le Sermilik

Tiniteqilaaq est situé sur la rive Est du Sermilik, le grand fjord Nord-Sud visible sur la carte

Nous remontons (20 milles) le Ikasartiuaq, un long canal orienté NW entre le fjord d’Angmagssalik au sud et le grand fjord de Sermilik au NW. De part et d'autres, des parois abruptes, comme en Patagonie.

Note pour plus tard: on repère un possible mouillage dans 6m de fond, protégé du SE, au 65d48.8N,37d20.6W. De l’autre coté de la langue de terre, mouillage jumeau protégé du NW. Peu de place pour éviter en revanche, mais probablement OK car le vent reste souvent dans l’axe du fjord. À essayer. Deux autres mouillages possibles en sortie de rivières vers 65d55.8N,37d39.9W et 65d54.4N,37d43.1W. 

 

Marie la tete dans les nuages

Nous mouillons en face du village de Tiniteqilaaq. Ballade à terre. Ambiance radicalement différente de Kulusuk. Peut-être parce que le village est (encore) plus isolé, l’alcoolisme fait des ravages plus apparents qu'à Kulusuk. Lundi 18h, nous croisons trois inuits clairement alcoolisés qui tentent d’engager une embarrassante conversation. Tragique de voir comment ce peuple inuit a été “civilisé”. Son mode de vie actif (chasse/pèche), a été remplacé par un autre plus passif (subventions/marchandises importées du continent). L’oisiveté et l’alcoolisme subventionné par l’état danois en sont les conséquences.

Les collines de Tiniteqilaaq surplombent le Sermilik, un large fjord qui charrie de gigantesques icebergs, vêlés de trois glaciers différents en bout de fjord. Leur taille est comparable à celle des icebergs que nous avons rencontré au large (qui nous paraissaient gigantesques), Sauf qu'ils sont ici à la queue-leu-leu dans ce fjord qui semble trop petit pour eux. Ils le descendent patiemment, en quête de grands espaces!


Village de Tiniteqilaaq. La taille des maisons donne l'échelle des icebergs dans le Sermilik

dimanche 15 mai 2022

Arrivée sur les côtes - Kulusuk

On continue la série de notre périple sur la cote Est du Groenland. C'était en 2017! 

Vue d'ensemble de la Traversée Est-Ouest d'Isafjordur (Islande) vers Kulusk, pas loin d'Angmassalik (Groenland Est).


Notre terrain de jeu. Les fjords autour d'Angmassalik. Kulusuk, notre atterrissage, se trouve au Sud.
 

22 juillet - arrivée sur les cotes, Kulusuk

Bien fatigués et "ivres" de nature sauvage après notre traversée de la glace, le retour à la civilisation n'est pas réjouissant. Kulusuk sous la pluie ne parait guère avenante. Notre premier contact avec le village est la décharge publique qui se jette dans le fjord à l’Ouest. La ville parait fatiguée, avec des baraques en bois multicolores à une époque, mais sont devenues quelques peu délabrées maintenant. 

Nous mouillons par 8-10m de fond, 40m de chaine dans une baie fermée par la glace, et profitons de quelques heures de sommeil bien méritées.


Kulusuk dans la grisaille


23 juillet

Nous voilà vraiment au Groenlland: des phoques morts pendent du quai à marée basse. Ils sont submergés à marée haute. Ainsi ils se conservent et servent de nourriture pour les chiens, accessibles à heure régulière. 

Juste à coté de nous, sur un growler auquel il a amarré son bateau (en se servant de son tuk comme d’une bite d’amarrage). un inuit dépèce un phoque. Après avoir bien trié la viande, les abats, la peau, etc… il laisse le growler ensanglanté avec la tête du phoque derrière lui. Rencontre franche avec les moeurs inuits, qui sont, on le verra plus tard en voie de disparition.



Ballade dans le village de Kulusuk. On observe des locaux inuits, et des touristes, arrivés par avion (liaison Reykjavik – Kulusuk) pour passer la journée. Une autre époque... Relents d’égouts. Les gamins jouent dans les rue, habillés en Nike et Adidas. Il y a des chiens partout, attachés ou en liberté. L’arrière plan est magnifique, montagnes aux sommets pointus, pentes à moitié enneigées, qui descendent dans le fjord bleu.

Les glacons vivent leur vie autour de Celena au mouillage. Ils avancent et recullent au gré des marées, des vents, se fendent en deux, nous heurtent docilement, et viennent parfois se poser sur notre mouillage. On pousse les petits growlers, ou on se dégage des gros, avec nos tuks. 

Départ pour l’intérieur du fjord. Une personne à l’avant (ou dans le mat), une personne à la barre, et une personne à la cartes. Tout le monde sur la VHF pour ne pas avoir à crier. 

 

Nid de pie improvisé

On commence à jeter un coup d’oeil à la carte. Les cartes au Groenland Est ne sont pas précises. Nous avons deux systèmes indépendants de cartes. Lorsque nous passons un petit chenal, l’un des systèmes nous donne échoué sur la rive Nord, et l’autre sur la rive Sud….

dimanche 26 mai 2019

Traversée vers le Groenland


Nous avons parcouru une bonne centaine de milles depuis la sortie du Isafjord. Globicéphales, dauphins et fulmars à gogo. La température de l’eau passe de 10 degrés à environ 2 degrés: on touche le courant arctique. Brume épaisse, on avance au radar. Après un beau bord de travers, la nuit se finit au moteur. 



Le 21 juillet, nous observons les premiers icebergs, littéralement des montagnes de glace, observés à 100 milles des côtes Groenlandaises. Il sont entourés de brume, ce qui renforce leur coté mystérieux. Quelques pêcheurs aussi. Plus plus rien jusqu’à 40 milles des côtes, où se succèdent icebergs et growlers. Le radar, réglé finement, s’avère bien utile pour repérer ces derniers. 



À l’approche des cotes, vue magnifique sur la chaîne de montagne au Nord d’Angmagssalik depuis le large. Reste la bande de glace à passer et on y sera…


L’approche dans la glace assez délicate, mais surtout très impressionnante. Cela commence par une densité d’icebergs et growlers qui augmente. Puis arrive un moment où il ne suffit plus de modifier le cap du pilote par coups de +/-10 deg, mais où il faut être en permanence la barre et trouver son chemin dans la glace. La stratégie générale (contourner le cap Dan par le Sud) est donnée par les photos satellites et récentes cartes des glaces que l’on nous décrit par SMS (les télécharger par iridium est infaisable car le débit est trop faible). La tactique exacte, elle, dépend elle des observations in situ.

Debout sur le rouf, la bôme, ou assis dans le mat, on cherche de potentiels chenaux. Une densité de glace “gérable” ne dépasse pas les 30%. À 20%, on a déjà un petit sentiment de claustrophobie, imaginez vous en train de manœuvrer dans un port bondé... On se demande combien de temps tout cela va durer, car il est impératif que les conditions météo restent bonnes pendant le passage de la glace: peu de vent (pour éviter les mouvement des growlers) et bonne visibilité.

La coque alu encaisse les chocs avec la glace. Le bruit sourd qui en résulte nous parait d’abord impressionnant, mais il deviendra routinier, et, à la fin du voyage, il faut l’avouer, presque addictif.

La glace est dense. Nous nous faufilons entre deux beaux growlers. Passage chaud avec juste la place pour laisser passer le bateau. Concentrés sur le passage, c’est au dernier moment que l’on repère un phoque qui se prélasse sur l’un des deux growlers. Nous passons à 10m de lui, sans que cela ne déclenche autre réaction de sa part que de nous suivre calmement du regard. Vision surréaliste qui déclenche l'hilarité générale du bord... surtout que la fatigue commence à se faire sentir. On est au petit matin après une nuit stressante et sans sommeil.

La glace est passée. On est le second voilier à arriver au Groenland Est cet année. Le premier étant skippé par un équipage professionnel Islandais. Pas peu fiers!

Une baleine à bosse apparaît trois fois puis sonde queue en l’air à 50m du bateau. Majestueux. Bienvenue au Groenland.